M. Tyrrel, ingénieur et mathématicien, a décrit d'une manière très détaillée les différents phénomènes d'apparitions. Il affirme qu'un fantôme n'est pas une représentation physique, qu'il peut se manifester dans un local fermé et disparaître sans laisser de traces, à travers portes fermées ou murailles.
L'apparition décrite ici appartient à la catégorie très connue des «revenants» qui hantent les abords de l'endroit où ils sont décédés, le plus souvent à la suite d'un crime impuni ou de mort violente.
Professeur de maths dans un lycée de Lyon, je ne suis pas précisément superstitieux. Mais c'est tout de même une drôle d'aventure qui m'est arrivée récemment et me donne à réfléchir.
Propriétaire d'une bergerie que je restaure, dans le sud de l'Ardèche, je m'y rends chaque week-end en voiture avec mon épouse, empruntant l'autoroute jusqu'à Montélimar.
Or, au printemps dernier, un samedi soir, nous venions de quitter l'autoroute et de traverser le Rhône, lorsque, dans un virage, une auto-stoppeuse, en combinaison de cuir et casque de motard sous le bras nous fait timidement signe de la main. Je m'arrête. Elle me demande où nous allons, je le lui dis. Ça paraît lui convenir, alors je la fais monter à l'arrière.
Une jeune fille très belle
Apparemment, c'est une jeune fille très belle, au teint pâle, presque blanc, pas très locace que je distingue fugitivement dans mon rétroviseur. Le soir tombe, j'allume mes phares, je roule à mon allure, c'est-à-dire assez vite.
A un moment donné, la jeune fille me demande:
- Pouvez-vous ralentir un peu, Monsieur, je ne me sens pas très bien.
Je lève le pied, râlant au fond de moi-même, car je n'aime pas rouler de nuit sur ces petites routes sinueuses aux bas-côtés mal balisés.
Dix minutes plus tard, peu après Alba, elle remet ça, d'une voix plaintive, presque blanche:
- Monsieur, je vous en prie, roulez moins vite!
Mon épouse pose sa main sur mon genou pour me calmer
Je rétrograde encore, tandis que mon épouse qui sent que je bous intérieurement pose sa main sur mon genou pour me calmer.
Nous traversons Villeneuve à trente à l'heure, et j'accélère un peu à la sortie du bourg.
Mais, je vous le jure, je ne roulais pas à plus de 50/60 à l'heure, la route ne se prête nullement aux excès de vitesse.
Malgré cela, au bout d'un quart d'heure, voilà ma stoppeuse qui geint à nouveau.
- Pour l'amour de Dieu, Monsieur, voulez-vous modérer votre allure. Je me sens vraiment mal ? Sinon je vais être obligée de descendre ?
- Quelle emmerdeuse, me dis-je en ralentissant et me contraignant à rouler à 40 à l'heure ! Soudain, j'entends comme un soupir, je regarde dans mon rétro et ne vois plus la stoppeuse. J'arrête brusquement la voiture au bord de la route et me retourne.
La banquette arrière est vide.
Je regarde ma femme, effaré! Elle est aussi surprise que moi. - Cette conne n'a tout de même pas sauté par la portière? On l'aurait entendue ! Surpris et un peu anxieux tout de même, je fais demi-tour et roule au ralenti jusqu'à l'entrée de Villeneuve.
Nous croisons peu de voitures. Je scrute attentivement le visage des passagers, mais apparemment notre inconnue n'est pas à leur bord. Elle ne se trouve pas non plus au bord de la route !
Cette fois la nuit est tombée. Une grosse lune ronde se lève derrière les arbres. Je refais demi-tour et roule en silence et pleins phares jusqu'à Aubenas. Je m'arrête à la gendarmerie. Deux hommes écoutent sans trop d'étonnement mon étrange récit un peu décousu. Quand j'ai fini de décrire la fille, ils hochent la tête en souriant.
- Ah! me dit l'un d'eux, le plus sérieusement du monde, vous êtes le troisième à voir la «larve» cette année. Depuis sa mort accidentelle à moto, il y a trois ans, sur cette même route, cette fille reparaît chaque printemps à la lune rousse!